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RockymenteurMoi un bonimenteur ? Pantoute ! Tout au plus un rockymenteur…C’est mon chum Jacques, le héros. Enfin, « héros » ça se discute, comme terme. Il préférait qu’on l’appelle « Jack », évidemment. Il a toujours été un fana de musique. Un fada même. Un peu fou. Et même plus qu’un peu. Pour vous donner une idée du personnage et de sa passion pour la musique, il a un jour filmé pendant quarante-huit heures des chauves-souris dans une grotte, pendant qu’il leur diffusait en boucle à quatre fois cent Watts une version transposée en ultrasons de la Symphonie « du destin » de Beethoven. La numéro cinq. « Piiiip piiip piiip puuup… » Vous imaginez ? Et il a ensuite consacré un mois entier à visionner les bandes et à tenter de découvrir « l’effet » de la musique sur les bestioles. J’ai eu beau tenter de lui expliquer que si moi, on me cassait les oreilles avec de la musique pendant deux jours d’affilée, les « effets » évidents seraient la fatigue et la colère, il a été jusqu’au bout de ses forces (principalement composées des crédits de l’université) pour tenter de montrer que les chiroptères appréciaient Beethoven… Une autre fois, il a réuni une bande de tarés dans son genre pour exécuter une sonate baroque au fond d’une piscine olympique. Avec un quintet à cordes et à vent… Mais entre l’allergie au chlore du contrebassiste et la demi-noyade du joueur de hautbois, le projet n’a pas été très loin. Ça aurait pu être pire le jour où il a voulu adapter un jeu d’orgue à la soupape d’une montgolfière. Histoire « d’avoir plus de souffle » et aussi d’arrêter les expériences dans l’eau, qui commençaient à devenir fatigantes… Ça lui a plu, pour ça oui. Au début. Le problème, c’est qu’il a fini par être tellement pris dans sa jam qu’il a un peu abusé de la soupape. Et l’atterrissage a été une rude surprise. Une jambe cassée et quelques bleus, on peut dire qu’il a encore eu de la chance cette fois-là. Mais la folie de trop, ça a été quand il s’est mis dans la tête qu’à défaut de découvrir du nouveau dans la musique avec les ultrasons, il pourrait peut-être le faire avec l’ultra puissance. Il a commencé à chercher la meilleure solution pour atteindre un volume sonore inégalé. Mais comme il n’était pas Pink Floyd, et que les finances constituaient pour lui une limitation importante, il ne pouvait pas se contenter d’empiler amplificateurs et haut-parleurs. Alors il a fouillé, creusé, s’est documenté, formé. Il a écumé l’Internet, les sites spécialisés, les forums de discussion. Et puis un jour il a trouvé la perle rare. La puissance absolue (enfin, presque, faut pas exagérer, quand même. C’est une histoire vraie que je vous raconte-là !) pour un prix ridicule. Un jeune étudiant américain génial qui troquait recherches contre sursis à l’incorporation dans l’armée. Et qui en profitait pour mêler goûts personnels et recherches financées par le Pentagone. Mais le crédit tirait à sa fin, et il voyait avec angoisse se rapprocher le spectre d’un voyage à l’autre bout du globe pour se retrouver, sinon face à face, du moins dangereusement près de gens dont le rêve le plus cher serait de lui dévisser la tête. Brrr… Il s’est ouvert de ses craintes à mon chum Jack, sur le forum d’amateur de musique où ils avaient fait connaissance. Jack lui a posé quelques questions, puis subitement lui a proposé de l’aider à passer puis à disparaître de la circulation chez lui, au Canada. Marché conclu moyennant un prêt de matériel à finalité initialement militaire. Marché réalisé moins de deux semaines plus tard. Une fois l’américain déguisé en épinette quelque part au nord de l’Abitibi, Jack s’est mis à préparer sa performance. Il a choisi volontairement une salle de faible capacité, pour être certain que tous les spectateurs bénéficieraient de la « première vague » de « sons. » Il a testé le matériel en secret, y a adapté ses propres bricolages fous, mais tout ça en sourdine. C’est que le fait de détenir du matériel appartenant à l’US Army le rendait un peu nerveux, pour ne pas dire paranoïaque. Du coup, la préparation s’est étirée, près de six mois de long. C’est également le temps qu’il a fallu aux américains pour se rendre compte qu’un programme de sursis universitaire était arrivé à son terme depuis plusieurs semaines sans que son bénéficiaire ne se manifeste, ce qu’il avait pourtant obligation de faire. Le concert à eu lieu un mardi soir, dans un bar isolé d’Ahuntsic, dans le nord de Montréal. Une salle d’une centaine de places dans lesquelles autant d’amateurs choisis avec précautions et « recrutés » dans le plus grand secret avaient pris place, faisant face à ce qui ressemblait à un mur de briques noires et brillantes. Le « système de son. » Jack, autant par fidélité à son principe de mettre la musique en avant que par discrétion, était invisible, son clavier et lui-même installés derrière ce mur opaque et mystérieux. Quand Jack a envoyé la puissance dans les appareils, le bourdonnement, la vibration sourde qui a fait trembler les boyaux des spectateurs les a aussi fait taire. Quelques secondes de « silence » se sont ensuivies. Et puis Jack a plaqué son premier accord, en sol mineur septième diminuée ou quelques chose dans le genre. Hey, c’est lui le spécialiste de la musique, pas moi, hein ! Et le génie de l’américain s’est fait sentir, sans autre support que des ondes « sonores. » À la première milliseconde, les cheveux des spectateurs se sont tous dressés en arrière, à l’opposé du système de son. À la seconde milliseconde, c’est la peau de leur visage qui a tenté de faire la même chose. Avec succès… Et Jack ? Et bien figurez-vous que ce cochon de chanceux-là a trouvé encore une fois moyen de s’en sortir. Pas intact, mais tout de même… Comme il se trouvait derrière le système de son, les effets en ont été quasi insignifiants sur lui. Tout au plus ses lunettes et ses amalgames dentaires se sont-ils transformés en sable fin. Il en a été quitte pour se les faire refaire. Et dans le cas des dents, même pas besoin de roulette pour préparer des cavités, elles étaient prêtes à l’emploi, aussi vides que des promesses électorales. Et comme je vous parle de ça, vous avez compris que Jack n’a pas été écrasé par l’effondrement de la bâtisse. C’est probablement le souffle de la chute des étages qui l’a projeté – comme un bouchon de champagne – à travers la fenêtre du mur du fond. Heureusement pour Jack, ladite fenêtre n’était pas garnie de barreaux. Juste des vitres, ce qui fait quand même beaucoup moins mal. Vous vous demandez peut-être comment je sais tout ça, mais je vous rappelle que j’étais un chum de Jack, et qu’à ce titre j’étais dans la confidence. J’étais d’ailleurs invité au concert, mais j’ai eu un problème de démarreur avec ma voiture et je suis arrivé en retard. Une minute de retard… Alors quand j’ai trouvé Jack, j’ai appelé les secours. Ils l’ont ramassé, inconscient et l’ont amené à l’hôpital. Seul survivant, et d’une soirée secrète : il aurait pu s’en sortir. Les militaires américains, s’ils ne sont pas rapides, sont tenaces. Teigneux. L’enquête du Pentagone et des services secrets militaires a progressé. Abouti. Et comme c’est souvent le cas, ils ont décidé d’étouffer l’affaire. Juste une panne de courant, la chute d’un bâtiment délabré et heureusement désert, et des disparitions comme il s’en produit chaque jour. Des faits sans rapports entre-eux, compris ? Et pour ce qui est d’étouffer, les américains, croyez-moi : ils connaissent la musique… Ils l’ont étouffé l’affaire, directement à l’hôpital. Avec un oreiller standard en polyester hypoallergénique… |
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