Ça ira mieux demain

Cette nouvelle a été publiée par la revue Moebius QV2003 et fait partie du recueil "Tu es Julie ", publié à l'automne 2008 par les éditions Marchand de feuilles. Pour cette raison (contrat d'exclusivité...), seul un extrait du texte est présenté ici. L'intégralité... est accessible dans la revue ou en achetant le livre.

Ce texte est dédié à toutes les personnes
dont j'ai pris le nom ou l'apparence
en otage dans ce texte. En leur attribuant
bien souvent des rôles qui ne
sauraient être les leurs en réalité.
Puisse-t-elles  me pardonner...  

Plus vite. Forcer sur les pédales. Encore plus vite. Ontario défile, plus vite maintenant que le centre-ville s'éloigne. Attention, on croise Berri et ses sarabandes de bus aux abords de Station Centrale. Pas toujours cool les bus. Parfois tellement content d'arriver au terminus, après plusieurs centaines de kilomètres, que leurs chauffeurs en ont parfois tendance à oublier l'extraordinaire flegme des conducteurs canadiens. Enfin, canadiens, pas québécois. Des dangereux latins, ceux-la. Aux yeux des anglos, au moins. Parce que si on compare à la conduite parisienne, ces fameux latins ressembleraient plutôt à des enfumés au dernier stade du buzz. P'têt ça, d'ailleurs. Parce que l'herbe, ici, c'est pas rien... ATTENTION !!! Faillit me le payer, ce Greyhound... Arrête de délirer, faut monter Amherst maintenant. Un zigzag, on évite un pick-up, on déclenche une crise de cœur chez le conducteur d'une Oldsmobile d'au moins douze mètres de long (il s'est égaré, celui la ? Ou il cherche Céline pour la crouzer ?...) et on attaque la grimpette.

On coupe Sherbrooke à fond, sans regarder. D'habitude, cela se solde par un concert d'avertisseurs. Pas ce soir. Y'a un bon dieu pour les tarés. Un axe pareil, à cette heure, sans une voiture, c'est à ne pas croire... Puis viens le parc Lafontaine, sa piste cyclable, son bassin, ses pédalos... Quoique... Les seuls qui hantent le parc à cette heure, c'est les clodos qui racontent à leur Labatt, amoureusement emballée dans son sac en papier comment ils auraient pu... comment ils vont... comment ils auraient dû...

Gauche-droite, et on attaque Rachel. Ligne droite de 3 kilomètres. Des feux, des croisements. Plus vite, encore plus vite. Saleté de grand plateau qui ne passe pas, je gagnerai au mois 10 km/h... On coupe les grandes rues comme une flèche, Papineau, Iberville, sans anicroche. Décidément, ce soir ils sont tous sur le cäble, et pas dans leurs bagnoles... J'arriverai jamais à temps, jamais. Plus vite, encore plus vite. Le pédalier vrombit à force de mouliner. La mécanique tient bon. La sueur me coule dans les yeux, me colle le T-shirt dans le dos. Un revers de main, s'agit pas de cligner des yeux au mauvais moment. La douleur dans les genoux, aussi, qui fait comme un rappel lancinant du risque de ce soir. Arriver. Arriver à temps. Parce que si j'arrivais trop tard...

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