Lajja

Cette nouvelle a été publiée par les revues Alibis #9 et Moebius #97 et fait partie du recueil "Tu es Julie ", publié à l'automne 2008 par les éditions Marchand de feuilles. Pour cette raison (contrat d'exclusivité...), seul un extrait du texte est présenté ici. L'intégralité... est accessible dans les revues (commande ou abonnement accessible sur leur site) ou en achetant le livre.

Qui pourrait comprendre ce qui lui arrive ? Pas son père, en tout cas. De ça, au moins, il est certain. Et comment diable a-t-il pu en arriver là ? Malchance, commence-t-il à se dire. Pour aussitôt admettre que cette excuse lui a déjà bien trop servi dans le passé. Et qu'il sait pertinemment qu'une part au moins de ses ennuis vient d'abord et avant tout de sa bêtise... Et de sa paresse. Préférer une voie plutôt qu'une autre parce qu'elle est moins fatigante à exécuter. Comme de payer quelqu'un pour passer ses examens. Moins fatigante et plus sûre, aussi. Sauf qu'une fois lancé dans ce genre de raisonnement - et de pratique - on s'en sort difficilement. Et petit à petit l'ensemble de sa vie s'est mis à grouiller de choix de cette nature. Et si, au début, il a (vaillamment ?) résisté, ce fut avec peu - et de moins en moins - de succès.

Il peut bien arguer de la position dégradante dans laquelle son père l'a toujours mis, le traitant de bon à rien, de honte de la famille, pour ensuite se délecter à le voir ramper en quête de consolation après chaque nouvel échec. 

...

Mon père veut que je lui montre combien il a raison de me traiter de raté. Mais savoir cela n'est-il pas censé servir de cure ? Peut-il encore s'abriter, à son äge, derrière cette excuse ? N'a-t-il pas assez vécu pour être enfin capable d'agir pour lui-même et non en se conformant à un stéréotype aussi risible ?
Il peut bien répondre par un oui timide, il sait bien au fond de lui-même qu'il n'y croit plus, depuis plusieurs années maintenant. Il est seul responsable, ou presque, de sa vie. Et le résultat n'est pas vraiment brillant. Surtout pas ce soir. Il contemple la masse de couvertures entassées sur le plancher et songe un bref instant à ce qu'elles cachent. Une nausée le soulève soudain, telle une corde accrochée à son cou que l'on aurait brusquement tirée, et le précipite vers le seau, dans l'angle de la pièce. À genoux, secoué de spasmes, il vomit une bile incolore. Encore et encore. Jusqu'à ce que son corps, épuisé, daigne enfin le laisser s'écrouler, haletant, sur le plancher.

...

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