La vérité n'est pas loin
V'la mon histoire, m'a vous la raconter.
Créyez moé, créyez moé pô,
Tout est vrai, j'ai rien inventé.
Créyez moé, créyez moé pô,
Tout est faux, même la vérité.
C'est une histoire qui se passe dans la Chine antique, il y a fort longtemps. Peut être même avant qu'elle prenne ce nom de "Ch'in " Dans la région du Hengduan, entre Sichuan et Yunnan vivait un homme. Un homme qui avait un rêve, avait une lubie, avait une folie. Il désirait découvrir la Vérité. Dans sa vie de tous les jours, il s'appliquait à la débusquer, la mettre en avant, la faire juge et bourreau de toute chose. Mais cela ne le satisfaisait pas. Il aspirait à un degré de Vérité supérieur, à une "Vérité absolue "
Pour ce faire, il quitta sa famille, sa maison, son travail, et se mit à parcourir le monde, en quête de cette vérité ultime. Il tenta tout ce qu'il fut capable et crut bon de tenter, mais sans avoir pour autant l'impression d'avoir progressé d'un pouce vers sa Vérité Supérieure, toujours plus attirante, toujours plus inaccessible. Un jour, après plusieurs années de recherches infructueuses et de doutes croissants, il entendit parler d'Hun Tel, le vieux maître de philosophie. Avec quelques difficultés, il parvint à découvrir sa résidence, et à s'y faire admettre.
Reçu par le vieux maître, il demanda à devenir disciple pendant un an et un jour, pour faire progresser sa quête de la Vérité. Le vieux maître accepta, sans mot dire. L'année se passa, riche en enseignements. Le disciple s'appliqua de son mieux, mais si la Vérité semblait se rapprocher quelque peu, Elle le faisait très lentement...
L'année et la journée écoulées, il vint voir son vieux maître Hun Tel une dernière fois, avant de partir. Ce dernier lui dit, avec l'accent très marqué de ce coin de Chine : "Tu va maintenant paltil'. Tu as bien plofité de mon enseignement. Tu chelche la Vélité ? Elle n'est pas bien loin. " Le disciple, ravi mais fort surpris, lui demande où Elle se cache. La réponse ne tarde pas : "Oh... Il te suffit d'aller dellièl' la colline. La Vélité n'est pas loin. A peine à cinquante mètl' d'ici, dans cette dilection" Le disciple remercie chaleureusement le maître, sors de la maison, gravit la petite colline, la redescend. Cherche. Du regard. Puis du pas. Il déambule, erre, parcours des cercles, de plus en plus grands. Mais décidément, il ne voit rien de particulier. Alors il décide de retourner demander des précisions au vieux maître. Mais quand il a rebroussé chemin jusqu'au sommet de la petite colline, il constate que le maître n'est plus là. Ce n'est pas qu'il soit sorti de chez lui, non. Même sa maison n'est plus là...
Alors l'homme reprend la route, désespérant de se rapprocher de la Vérité. Au bout d'une couple de mois, dans un village, il entend parler d'un autre maître de philosophie, lui aussi particulièrement révéré, et habitant non loin de là. Se disant qu'il n'a rien à perdre, il se rend chez ce maître et se fait recevoir. Il explique sa quête. Le maître de philosophie lui dit qu'il accepte de le prendre comme disciple, pour un an et un jour, et qu'il va l'aider à trouver la Vérité, qui de toute façon n'est pas bien loin, dans cette direction là... L'homme, en entendant cela, plisse les paupières. Une idée traverse son esprit.
- Connaissez-vous le maître de philosophie Hun Tel, demande-t-il à celui qui vient de devenir son nouvel enseignant ?
- Oui, répond ce dernier, avec l'accent si particulier de ce coin de Chine, je le connais bien. Tl bien. Il habite pa' la, à un mètl' d'ici.
- Ha... Et la Vérité Ultime ?...
- Oh Elle, c'est pas bien loin, pa' la, a quarante neuf mètl' envilon.
Notre homme, devenu le disciple de ce second maître, passa une bonne partie de l'année à méditer sur les accents régionaux et la prononciation du son "ai ". L'histoire raconte qu'il a ensuite poursuivi sa quête, allant au bout de ses cinquante... Maîtres, passant un an et un jour chez chacun d'entre-eux. Ce que l'histoire ne dit pas, c'est si après le cinquantième, l'homme l'a trouvé, sa Vérité... mais une chose est sûre, c'est qu'elle n'était sûrement pas bien loin !
V'la mon histoire, telle qu'elle est arrivée.
Créyez moé, créyez moé pô,
Tout est faux, j'ai tout inventé.
Créyez moé, créyez moé pô,
Tout est vrai, c'est rien que la vérité.
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