Claire obscure

Cette nouvelle a été publiée par la revue Alibis (#12) et fait partie du recueil "Tu es Julie ", publié à l'automne 2008 par les éditions Marchand de feuilles. Pour cette raison (contrat d'exclusivité...), seul un extrait du texte est présenté ici. L'intégralité... est accessible dans la revue (commande ou abonnement accessible sur le site).


- Hello ? Euh, je m'excuse, c'est à dire pardon, c'est Claire. Salut, euh, je suis désolée mais c'est pour, voilà, enfin, tu sais, le voyage dont je t'avais parlé et donc, je t'appelle, euh, à propos, j'ai revu Mike. Mais peu importe, c'est que je voulais - si tu es d'accord bien entendu - te proposer de faire le... Oh, tu te rappelles Henry ? Ben il est installé à Vancouver, maintenant. C'est Mike qui me l'a dit. Mais je m'égare, enfin donc, tu es d'accord, ok ?
- Claire ? Tu... Tu me parles de quoi, là ?

Claire. Jamais vu quelqu'un porter plus mal son nom. Même quand elle te donne l'heure, tu ne comprends rien. Alors au téléphone... Une fofolle, comme égarée de retour de Woodstock (sauf qu'elle est trop jeune pour y avoir assisté), âme perdue du Flower Power recyclée macrobiotique, mystique et romantique. Un peu fatigante à suivre, mais charmante par ailleurs. Alors on s'arme de patience, et à force, la plupart du temps, on finit par comprendre ce dont il retourne. Sans aucune incidence en général, vu que tout ce qui est organisé, prévu, attendu par Claire ne se réalise... Jamais. 

La fois suivante, elle a débarqué chez moi comme un pitbull dans un jeu de quilles en cristal. Manquant de faire plonger le poisson rouge vers le plancher en accrochant le bocal avec son... Appelons ça un sac, pour simplifier. La chose est assez indescriptible, croisement improbable entre une peau de chèvre, un couvre-lit et un sac à provisions. Elle s'excuse, se répand, se confond, se... Puis passe à autre chose, sans rime ni raison, comme à son habitude. Aujourd'hui, qu'importe la raison invoquée pour justifier sa présence - et certains jours, c'est " Les raisons invoquées ", car elles sont multiples et changeantes, au gré des errements de son récit. Aujourd'hui la vraie raison s'appelle Julien. Son copain. Son maniaque, violent, irascible, dangereux et grossier copain. Un amour, ce garçon.

Claire est l'illustration d'un mensonge. Celui de faire semblant de croire que toute femme suffisamment intelligente et éduquée, peut parler du problème des femmes battues, évidemment sans le vivre. Car n'est-ce pas, Chère, il faut le vouloir un peu, pour le vivre, non ? Môa, le premier qui lève la main sur môa, il ne me reverra pas de sitôt !... Et cætera. 

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