La Charlézenn

D'après Anatole Le Braz

La Charlézenn si fort sifflait
Que chêne feuillu s’effeuillait

C’était une étrange fille, que cette Marguerite Charlès. Ceux qui l’aimaient bien l’appelaient « Gaïdik », diminutif de Marguerite en breton. Mais la plupart l’appelaient « la Charlézenn ». On ne savait rien d’elle, ni ce qu’elle était, ni d’où elle venait. La légende disait qu’elle n’avait « ni père ni mère », ce qu’on savait c’est qu’elle vivait depuis plusieurs années chez la vieille Nann, une mégère à la réputation plutôt trouble, qui la nourrissait du produit de leur mendicité et plus souvent encore de coups de bâton. Nann devait son surnom au tic qui lui faisait branler la tête tout en parlant, semblant dire « non » en permanence. Elles logeaient dans une hutte de sabotiers, à la lisière des bois, sur les terres du marquis de Keranglaz. La Charlézenn n’avait rien, passait sa vie à se promener dans le pays, mendiant de ci, sifflant de là, discutant plus avec les merles qu’avec les humains. Elle n’avait rien… sauf son physique. Non pas qu’elle ait été jolie, non. Son nez était un peu fort, busqué comme un bec d’aigle. Sa taille était fine, mais les haillons dont elle était vêtue ne la mettait pas en valeur. Elle était grande, ce qui n’est pas un avantage dans ce pays où les hommes sont plutôt petits. Surtout, sa chevelure lui valait d’inspirer la crainte. Une crinière rousse qui faisait un halo autour de sa tête, contrastant avec le bleu de ses yeux au regard triste et étonné. En Bretagne, on n’aime pas trop les roux, qu’on présume maléfiques. Grâce à tout cela – ou à cause de cela – la Charlézenn commençait à attirer le regard des garçons. Nann, elle, la houspillait : « Ah, si j’avais ton âge ! Ah, si j’avais ton corps ! » criait-elle. Mais la Charlézenn, dans sa candeur, ne comprenait pas.

Un jour, Cloarec Rozmar, un clerc de Poulézambre, qui devait être ordonné prêtre l’année suivante, revint du séminaire, chez son père, et déclara à ce dernier :

  • Mon père, j’ai décidé que je ne serais point prêtre
  • Fort bien, reprend la bêche, alors !
  • Je veux bien, mais à une condition.
  • Laquelle ?
  • Que vous me laissiez me marier.
  • Pourquoi pas. As-tu fait ton choix ?
  • Oui, je veux épouser Marguerite Charlès.
  • Cette va-nu-pieds ! C’est hors de question !
  • Mon père, si je ne peux épouser la Charlézenn, j’en mourrai !
  • Je préfère te voir mort plutôt que d’accepter une telle honte dans notre famille !
  • Qu’il en soit ainsi.

Il était sorti, et le lendemain matin on l’avait retrouvé pendu à un vieux pommier. Notez que la Charlézenn ne l’avait jamais rencontré seul, ne lui avait même jamais adressé la parole ! Mais son pouvoir sur les hommes était si fort qu’il n’en était point besoin. Sa seule vue avait suffit

Suite à l’affaire de Cloarec Rozmar, une bouffée de haine envers Nann et la Charlézenn avait traversé le pays. Les maisons où jusque-là on lui donnait qui du pain, qui une crêpe, qui un œuf, ces maisons lui furent interdites. On chassa la Charlézenn avec des imprécations. Mortifiée, elle revint à la hutte et déclara à sa marraine :

  • Je me suis fais chasser, j’ai décidé que je ne mendierai plus
  • Eh bien je ne te nourrirai plus, répondit Nann
  • Fort bien, je m’en accommoderai.

Et de fait, vivant dans les champs, à l’orée de la forêt, elle se nourrit alors de fruits, de baies, de châtaignes. Et continua à embellir. Certains la voyait parfois passer, sa jupe déchirée ne couvrant qu’à peine ses jambes parfaites. On aurait dit la déesse des bois. Vu l’emplacement de la hutte de sabotier, le fils du marquis la vit lui aussi passer, à plusieurs reprises. Et toujours, quand elle rentrait, Nann qui lui criait : « Ah, si j’avais ton âge ! Ah, si j’avais ton corps ! », et la Charlézenn qui ne comprenait pas. Un jour, elle allait comprendre.

Ce jour-là, alors qu’elle rentrait d’une après-midi passée à siffler avec les oiseaux, elle vit que quelqu’un était présent à la hutte. Un riche, à en croire la monture et lévrier qu’on voyait à côté de la maisonnette. Elle passa la porte et se fit fraîchement accueillir par Nann.

  • C’est à cette heure que tu rentres ?
  • Je rentre à l’heure qui me plait, et vous le savez bien !
  • Mais tu fais attendre le fils du marquis de Keranglaz, mon maître – et donc ton maître, sur les terres duquel nous vivons.
  • Je n’ai ni maître ni maîtresse, tenez-vous le pour dit. Et si c’est comme ça, je repars

À ce moment, le jeune homme se leva et lui parla, d’une voix douce et amicale.

  • Mademoiselle, c’est moi qui suis l’intrus dans cette maison. Si ma présence vous dérange, ce n’est point à vous de partir, mais à moi. Souffrez cependant que j’ajoute ceci : égaré auprès de votre maison, à l’orée de ces bois, alors que la nuit tombait, je ne saurais retrouver mon chemin dans le noir. Et comme le loup se cache dans Coat-an-noz(1), plutôt que d’aller l’affronter, je préférais rester à me reposer auprès de votre feu. Je suis fourbu.

La Charlézenn, gênée d’être aussi galamment traitée, lui répondit :

  • Monsieur, c’est moi qui vous présente mes excuses pour mon comportement. Je ne suis pas impolie d’habitude, la faute en est à Nann qui est si méchante avec moi

Cette dernière, à ces mots, se leva et lança un regard de connivence au jeune homme, regard qui échappa à la Charlézenn.

  • Si c’est moi qui suis de trop, alors je m’en vais !

Aussitôt dit, aussitôt fait, elle passa la porte et disparu sans crier gare. Saisie, la Charlézenn sortit à sa suite, et la chercha, l’appela dans le noir, mais en vain,. Rentrant, elle s’adressa au Keranglaz :

  • Aidez-moi, Monsieur, il faut que nous nous la retrouvions !
  • Bah, la sorcière a dû aller à quelque sabbat, Laissons-la !
  • Mais si les loups la mangent ?
  • Eh bien, c’est les loups que je plaindrai. Venez donc plutôt auprès du feu, vous réchauffer, vous tremblez de froid.

Il la guida vers la seule escabelle de la hutte, la fit asseoir et s’agenouilla à ses pieds. Puis il se redressa, pris le visage de la jeune fille dans ses mains, et se mit à lui parler. Il parlait et parlait et parlait, à toute vitesse, mais elle ne comprenait pas un mot de ce qu’il disait. Elle se sentit engourdie, endormie, ayant l’impression que d’invisibles et minuscules bêtes tissaient sur son corps un filet plus fin qu’une toile d’araignée, plus solide que l’acier. Soudain, elle poussa un cri ! Le charme était rompu : le fils Keranglaz était en train de la saisir à bras le corps. Elle se débattit, sans y penser son inconscient lui rappela la dague qu’elle avait vue au côté de l’homme. Elle tâtonna, trouva le manche, tira dessus et planta la lame du plus fort qu’elle le put dans le dos de son agresseur. L’homme se tordit sur le côté et elle en profita pour s’écarter de lui avant qu’il ne s’abatte, comme un bœuf assommé.

Elle resta quelques instants, haletante, à le contempler avant de se relever et de fuir dans la nuit.

Le lendemain matin, les trois Rannou étaient en marche, au petit jour, parcourant leur domaine. Bien sûr, techniquement, ce n’était pas leur domaine, mais celui du marquis de Keranglaz. Mais celui qui détient le droit de circulation sur un lieu n’en est-il pas le vrai propriétaire ? Et c’était le cas des trois Rannou. Il faisaient payer passage à tous les riches rencontrés, n’hésitant pas à alourdir le prélèvement s’il était donné de trop mauvaise grâce. N’aimant pêcher que le gros poisson, les trois Rannou étaient par contre très doux avec le petit peuple. Leur réputation y était donc excellente, ce qui n’était pas le cas du côté de la maréchaussée. Le capitaine de cette dernière, à son poste de Tréguier, aurait bien fait saisir et pendre haut et court les trois Rannou. Mais il ne disposait que de cinquante hommes, et face aux trois Rannou, qu’est-ce que cinquante homme ? Autant dire qu’il était seul. Alors lui aussi se contentait de payer les « taxes de circulation », quand il devait s’aventurer à traverser leur domaine.

Ce matin là ils rentraient chez-eux de bonne humeur, après une nuit fructueuse quand Kaour, l’aîné, dit à Kirek et Guénolé ses deux frères :

  • Qui voit-on là-haut, adossé à la croix qui fait face à la mer ?
  • On dirait la Charlézenn, répondit Guénolé, le plus jeune.
  • Attendez-moi ici, je vais aller voir, reprit Kaour.

Il rejoignit la silhouette et constata que Guénolé avait vu juste.

  • Que fais-tu là Gaïdik ? Attends-tu quelqu’un ?
  • J’attends la mer.
  • La mer ?
  • La mer, oui. Pour m’y jeter et mourir. Je me serais bien jetée du haut de la falaise, mais sur tous ces rochers, je me serais fait mal. Alors j’attends que la mer monte. Elle m’emportera dans la mort sans souffrance.
  • Mais pourquoi vouloir mourir ? On t’a fait du tort ? Dis-moi qui, et je te promets que je te vengerai !
  • Non, ce n’est point la peine. Je n’ai juste plus assez de raison de vivre. Ce monde est trop méchant. Trop laid.
  • Trop laid ? Regarde autour de toi, Gaïdik ! Regarde la mer, comme elle est belle, regarde la forêt, derrière toi, comme elle est grande. Le marquis de Keranglaz peut bien dire qu’elle est sienne, cette forêt, c’est nous qui en sommes les maîtres. Vois comme elle est majestueuse, vois comme elle est belle ! Nul n’y entre ni n’en sort sans notre accord. Si tu veux quitter ce monde, quitte-le pour le nôtre. Viens vivre avec nous au creux de la forêt. Tu seras notre petite sœur, tu tiendras notre logis et répareras nos habits. Nous ferons de longues veillées où nous échangerons nos histoires. Tu verras les sièges et les tables de pierres où les géants d’autrefois s’asseyaient. La vie sera simple et joyeuse. Tiens, je vais te laisser et t’attendre en bas avec mes frères. Si tu choisis de vivre, descend de notre côté.

Il la laissa, sachant déjà qu’il l’avait sauvée. Alors même qu’il parlait, les yeux de la Charlézenn s’étaient emplis de larmes, de larmes de soulagement devant cette proposition simple et attirante. Elle avait trp envie de vivre pour ne pas la choisir. Elle laissa sécher ses larmes, puis descendit vers les trois frères. Ses pas sonnaient joyeusement sur les pierres. Tous les quatre se mirent en route, la Charlézenn sifflant devant, les trois hommes la suivant derrière.

  • C’est la déesse des bois qu’on escorte, souffla Guénolé
  • Tu dis vrai, répondit Kirek

Ils l’installèrent dans leur chaumière, cachée au cœur de Coat-an-noz. La sinistre réputation de la forêt devait beaucoup à la légende et bien peu à la réalité que découvrit la Charlézenn. Cette forêt était d’une beauté profonde, sorte d’immense cathédrale de verdure, aux vitraux de feuillage et de soleil, aux piliers de tronc séculaires. La Charlézenn y retrouva le goût de la vie, du sourire, de la musique. Elle tenait l’intérieur des Rannou qui partaient le soir et rentraient le matin, les vêtements tâché du sang d’animaux et parfois d’homme. Ils s’offraient de longues veillées à parler – à écouter parler la Charlézenn, plutôt. Eux étaient des taiseux, et c’est elle qui les régalait des récits de ses journées, ou des gwerz(2) et des sônes(3) qu’elle savait. Les jours étaient enfin serein. À l’extérieur de la forêt, cependant, les choses bougeaient. Un clerc de Tréguier, un nommé Pezr Guilloux, avait composé une « gwerz de la Charlézenn », dont le succès fut important :

La Charlézenn si fort sifflait
Que chêne feuillu s'effeuillait
Fille qui siffle et la vipère
Ont toutes deux Satan pour père

Le clerc avait bien entendu repris le préjugé local à l’endroit des rousses et de leur diabolisme supposé.

Gaïdik Charlès a l'œil pur
Couleur d'avril, couleur d'azur
Gaïdik Charlès est souple et belle
Comme une sainte de chapelle
On la croirait fille de Dieu…
N'était son poil couleur de feu

Ensuite, ses « forfaits » étaient décrits :

Cloarec Rozmar allait être
Avant dix mois ordonné prêtre
La Charlézenn - forfait premier
Le pendit au long d'un pommier

Les légendes, en Bretagne, poussent plus drus que les ajoncs sur la lande. Deux ans à peine s’étaient écoulés depuis le suicide de Cloarec Rozmar, et voilà maintenant que c’était la Charlézenn qui l’avait pendu ! Venait ensuite le second forfait, « indescriptible et terrible » :

La cloche tinte, tinte, tinte
Une âme d'homme s'est éteinte
La cloche noire teinte, hélas !
C'est pour l'aîné des Keranglaz

Là encore, le poète avait ré-écrit l’histoire : la Charlézenn avait aguiché le fils du marquis, l’avais attiré dans les bois, traîtreusement rendu impuissant à l’aide d’un philtre puis lâchement assassiné…

La Charlézenn – elle – ignorait l’existence de cette gwerz. Elle croyait avoir enfin trouvé le bonheur dans la vie simple des bois. Lors des expéditions nocturnes, les Rannou avaient pris l’habitude de ne plus sortir qu’à deux, le troisième restant garder la chaumière et protéger la Charlézenn. Une nuit, c’est Kaour qui était de garde, et la Charlézenn l’entendit pleurer.

  • Kaour ? Qu’y a-t-il ?
  • Ah, Gaïdik, il n’y a rien.
  • Mais tu pleures !
  • Cela m’arrive parfois.
  • C’est peine de vie ou peine de cœur ?
  • Gaïd, ce n’est pas la peine de te le cacher, tu devines tout. Tu es une sorcière, comme Nann, mais toi tu es une bonne sorcière. Je pleure parce que je t’aime, Gaïdik. Veux-tu être ma femme ?

Puis il se jeta à ses pieds, face contre terre, attendant sa réponse. Elle resta silencieuse, puis finit par dire :

  • Non, Kaour.

Puis, plus fort :

  • Non, décidément non !
  • Mais si je m’appelais Kirek ou Guénolé tu dirais oui ?
  • …Non plus !
  • C’est vrai ? J’ai beau les aimer, je tuerai celui que tu me préfèrerais. Alors, qui préfères-tu ?
  • Je.. Je crois bien que je vous préfère tous les trois.
  • Et seras-tu un jour la femme de quelqu’un ?
  • Jamais !
  • Tant mieux ! Je suis déjà moins triste. Oui, sachant cela je pourrai supporter que tu ne sois pas mienne. Bonne nuit et merci, Gaïdik.
  • Bonne nuit.

Il se rendormit aussitôt, doux géant aux yeux encore englués de larmes. Elle, ne se rendormit point. Elle songeait qu’il lui fallait à nouveau cesser de croire au bonheur. Elle avait été sur le bord de répondre que sa préférence allait à Guénolé, devant admettre par devers-elle quelle l’aimait plus que ses deux frères. Mais si elle avait commis l’erreur de le dire, Kaour n’aurait pas hésiter à tuer le benjamin, que pourtant il chérissait plus que tout. La vie ne peut-elle donc se passer de ces drames, ces douleurs, tous causés par ce maudit « amour », se dit-elle ? Décidément, elle devait choisir à nouveau la seule solution, celle dont elle s’était détournée une première fois. Seule la mort lui apporterait le repos. Sur cette pensée elle trouva un sommeil apaisé.

Le surlendemain matin, quand ses trois frères partirent pour leurs affaires, elle leur adressa des adieux répétés, mais de loin. « Adieu ! Adieu !, Adieu ! » Eux, ne se doutant de rien, se retournèrent et lui faisant signe de la main lui dirent : « À tantôt, Gaïdik ! » Quand ils eurent disparus, elle aussi quitta la chaumière. Elle n’emporta rien, et partit droit devant elle, dans les bois de Coat-an-noz. Au début, son pas était lent et lourd, il lui semblait à la fois injuste et difficile de se soumettre à la mort comme seule solution à ses souffrances et à celles qu’elle infligeait aux autres. Les ramures denses des arbres l’étouffaient, la lumière manquait et son pas était incertain. Puis, quand elle eut entendu son bruit dans le lointain, la pensée de la rivière l’apaisa. C’est cela, elle allait s’y rendre, s’y coucher, et la rivière la conduirait sans souffrance, bercée comme une nourrice berce un enfant, jusqu’à la mer, jusqu’à l’oubli. Elle arrivait en vue de la rivière quand soudain, elle entendit un gai sifflement. Un enfant, un dénicheur d’oiseau, était à l’œuvre. Elle le héla :

  • Dis-moi, quelle est cette gwerz que tu chantes ?
  • D’où sors-tu donc, demoiselle, pour ne pas connaître la « gwerz de la Charlézenn » ? lui répondit l’enfant.
  • La… Qu’importe d’où je sors, je ne la connais pas. Je te donne un écu si tu me la chantes.
  • Un écu ? Tope-là !

En un instant le gamin était descendu de l’arbre, et lui chantait la gwerz tout d’une traite. Marguerite Charlès resta silencieuse un long moment. Puis elle demanda :

  • Qui a écrit cette gwerz ?
  • C’est Pezr Guilloux, de Tréguier.

Pezr Guilloux ! Elle le connaissait, avait été sur les bancs du catéchisme avec lui. Que lui avait-elle donc fait pour qu’il invente ce tissu de mensonges ? Le gamin ajouta soudain :

  • Mais Pezr Guilloux n’a pas tout dit dans sa gwerz !
  • Ah ? Qu’a-t-il caché ?
  • Que le marquis de Keranglaz offre dix arpents de terre labourable à qui lui livrera la Charlézenn vivante. Alors, mon écu ?

Elle ne sut d’abord quoi dire. Elle était partie sans rien et certes, elle pouvait trouver tout l’argent qu’elle voulait dans la hutte des Rannou, mais il était hors de question qu’elle y retourne. Finalement, elle prit sa décision.

  • Je ne te paierai pas tout de suite, il faudra que tu m’accompagnes au château de Keranglaz, où le marquis te paiera pour moi. Et bien plus qu’un écu.
  • Entendu, répondit l’enfant.

Ils se rendirent au château, où elle demanda à être reçue par le marquis. Ce dernier se présenta, tout de noir vêtu. Il n’avait en effet pas quitté le deuil depuis la mort de son fils.

  • Monsieur, vous êtes noble, donc votre parole est sûre. À combien estimez-vous un arpent de terre labourable ?
  • À dix écus quand je l’achète, à trente quand je le donne. Pourquoi donc ?
  • Parce qu’alors vous allez donner trois cents écus, la valeur de dix arpents, à ce garçon qui vous livre la Charlézenn vivante.
La gwerz s’agrandit alors de six vers :

À Keranglaz on la pendit
Ce fut grand fête en Paradis
Dieu s'en vint la quérir lui-même
Ainsi fait-il pour ceux qu'il aime
La Charlézenn qui sifflait fort…
En aumône a donné sa mort

Et maintenant, on ne manque pas d’ajouter : « Bénie soit-elle ! »


(1) Les « bois de la nuit »

(2) Complainte

(3) Chansons

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